Consommer français, oui, mais à quelle condition ?

Le 25 novembre dernier, la Chambre d’Agriculture Ille-et-Vilaine a adopté à l’unanimité un vœu économique visant à « manger français » dans les collectivités. Un vœu que nous avons approuvé : la Confédération Paysanne défend depuis des années la consommation d’une alimentation locale.

S’il est pertinent d’interpeller les collectivités, les élus et les consommateurs, la Chambre d’Agriculture ne devrait-elle pas avant tout balayer devant sa porte ?

N’est-il pas incohérent d’exiger de « manger français » ici et d’encourager parallèlement une politique exportatrice mondiale à tout va ?

La politique agricole construite et co-gérée depuis des années par le syndicalisme majoritaire se déploie sur les marchés mondiaux. Porcs, lait, volailles : production et exportation sont les maître-mots de ces filières. Au détriment de la souveraineté alimentaire de nombreux pays dans lesquels nous détruisons l’emploi agricole. C’est ainsi que l’on retrouve du poulet Doux, au Congo, moins cher que le poulet produit par le paysan congolais !

L’arrivée soudaine de l’embargo Russe a provoqué inquiétudes, remous et crises. On a libéré des enveloppes de plusieurs millions d’euros, on a retiré des tonnes de produits des marchés pour tenter d’éviter la chute des cours… et on continue de vanter la vocation exportatrice de la France. Comme s’il n’y avait aucun rapport entre les deux. Soyez cohérents : consommer local ce n’est pas que pour vendre vos excédents !

Un porc élevé en Bretagne, au soja Brésilien, et abattu en Allemagne : est-il vraiment « d’origine française » ?

Aujourd’hui les élevages sont dépendants en protéines de l’Amérique du Sud. Le soja débarqué est entre 70% et 80% génétiquement modifiée (OGM). Pourtant les Français souhaitent majoritairement consommer des produits sans OGM ! Si nos élus suivent le souhait des français : une garantie sans OGM dans les cantines exclurait d’office de nombreux produits issus des fermes bretonnes !

Si l’on souhaite manger ce qui permet de l’emploi en France, alors nous aurons du mal à avoir suffisamment de poulet. En effet, depuis des années la production locale s’est concentrée sur l’export et, donc, sur les poulets légers. Qu’en est-il de la qualité des produits de la ferme France ? De l’autonomie dans ces productions ?

Si l’on souhaite manger ce qui permet de l’emploi en France, alors doit-on accepter 18 salariés pour 1000 vaches ou préférer 20 fermes à 2 emplois ?

Source : Confédération Paysanne 35

 

Mots clés
Voir plus