La CR publie une lettre ouverte aux agriculteurs bretons

La crise agricole dure et les réponses se font attendre. Pour réaffirmer ses positions, la Coordination Rurale de Bretagne a tenu à rédiger une lettre ouverte à destination des agriculteurs :

Agriculteurs, reprenons notre avenir en main !

La Coordination Rurale de Bretagne constate que les manifestations de ces derniers jours sont des cris de colère exprimant le ras-le-bol de l’ensemble de la profession.

Faut-il rappeler que la crise actuelle est tout sauf une surprise ? Le scénario catastrophe, qui s’écrit chaque jour un peu plus, était parfaitement prévisible. Depuis ses origines, la Coordination Rurale ne cesse d’alerter les pouvoirs publics sur les dérives d’un système qui met en péril l’agriculture française.

Dans une lettre ouverte publiée en janvier 2014, nous avions averti le préfet de région face à la dégradation de la situation de toutes les productions bretonnes. L’année dernière, nous avons bloqué l’entrée du SPACE pour faire entendre nos difficultés et exiger une régulation des productions et des marchés. Malheureusement, rien ne change !

De nombreux coupables qui ne veulent pas entendre la détresse des agriculteurs

Les politiques menées depuis de nombreuses années sont contraires à l’intérêt des agriculteurs.

Cet été, les éleveurs de porcs avaient évoqué le prix de vente de 1,40 euro/kg, seuil en dessous duquel ils perdent de l’argent. En réalité, pour vivre du métier le coût de revient doit être de 1,50 euro/kg. Aujourd’hui, le coût du kilo de porc est de 1,10 euro seulement ! Un élevage de 200 truies perd donc 12 000€ par mois. La situation est intenable.

La principale cause de la baisse des prix est la surproduction européenne, essentiellement allemande et espagnole.

Ils continuent à augmenter leur production, sans s’assurer des débouchés. Sans une régulation européenne des volumes, une harmonisation des charges sociales et fiscales, l’étiquetage d’origine sur tous les produits frais et transformés et la mise en place immédiate d’une TVA sociale, nos éleveurs ne pourront pas être compétitifs.

Au plan national, il faut la création d’une Association d’Organisation des Producteurs (AOP) pour regrouper l’offre et revaloriser le prix sur le marché intérieur avec un maximum de trois cahiers des charges : standard, label et bio. Les producteurs, les groupements, les abatteurs et les distributeurs doivent s’entendre et travailler ensemble pour améliorer la situation de la filière.

La fin des quotas laitiers qui entraîne une dérégulation du marché, relève de la co-responsabilité de l’Europe des industriels et du syndicalisme majoritaire. Malgré les crises, ils persistent et signent à maintenir les volumes par une restructuration permanente. Or, les éleveurs laitiers sont incapables d’être compétitifs face à des pays aux charges et aux contraintes plus faibles. S’agrandir pour trouver une rentabilité parait illusoire ! Au contraire, cela endette et asservit toujours davantage les producteurs.

Ils ne sont pas les seuls responsables

Nous connaissons aussi la puissance destructrice de l’agro-industrie, des GMS, et de la Restauration Hors Domicile (RHD). L’État a permis à ces acteurs majeurs de l’économie agricole de concentrer leurs activités d’achat, sans aucun contrôle. Ils utilisent des méthodes toujours plus agressives empêchant toute revalorisation des prix agricoles. Il est clair que le maintien des fermes et l’octroie d’une rémunération décente sont les cadets de leurs soucis ! Pourtant, il est primordial que chaque maillon de la filière s’engage à rémunérer, à sa juste valeur, le lait produit par les éleveurs.

Les éleveurs de volailles bretons, pourtant loin des foyers de la grippe aviaire, sont eux aussi dans une situation critique. La fermeture des frontières déstabilise tout le marché du frais. Toutes les exploitations sont impactées et aucune amélioration n’est en vue. Le choix du tout export fragilise les éleveurs qui subissent l’engorgement des marchés. Il est primordial de reconquérir les marchés intérieurs français et européen porteurs d’une meilleure valeur ajoutée. Là aussi, nous sommes convaincus qu’informer les consommateurs en matière d’origine, y compris pour les produits transformés, permettrait de changer la donne et d’avantager les éleveurs.

Face au désespoir des agriculteurs et à la mort programmée de nos territoires ruraux, ne restons pas inactifs !

L’État et les responsables professionnels actuels acceptent de voir les agriculteurs descendre dans la rue et causer des dégâts. Nous laisserons t-ils changer de modèle ? Contrairement à d’autres, la Coordination Rurale défend, depuis toujours, des prix rémunérateurs et non des subventions. Sans réforme de la politique agricole, les tables rondes, plan d’aides et autres mesures conjoncturelles s’accumuleront sans apporter de solution à un monde paysan en pleine détresse.

Face à la surproduction, il faut rapidement remettre en place une régulation européenne

C’est pourquoi nous avons convoqué les députés européens pour les sensibiliser sur les impasses de la PAC actuelle pour l’agriculture française et européenne. Avec eux, nous voulons réfléchir et construire une autre Europe qui protège et défende ses agriculteurs.

De plus, la Coordination Rurale rappelle que pour les exploitations en grande difficulté, il existe une procédure de sauvegarde. C’est hélas une des dernières solutions pour pouvoir geler ses dettes et essayer de protéger son avenir.

Plus largement, la profession doit se réapproprier ses outils et reprendre le pouvoir qui lui appartient dans les différentes structures censées la représenter. Lors des dernières élections professionnelles, notre slogan était : « Reprenons notre avenir en main ». Jamais cette phrase n’aura eu autant de sens.

Coordination Rurale de Bretagne

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