AZUR, un programme pour préserver la qualité de l’eau

Présenté au salon de l’agriculture, AZUR est un programme pour la préservation de la qualité de l’eau grâce à la maitrise des risques de lessivage de nitrate. Il permet de limiter les apports aux stricts besoins de la culture en fonction du potentiel de production de l’espèce considérée et permet ainsi de protéger l’environnement de rejets éventuels tout en bénéficiant du progrès génétique, notamment en productivité. Il actionne les leviers agronomiques connus et validés au lieu de se limiter à la réduction de la fertilisation azotée, sans bénéfice garanti pour l’environnement.

Dispositions financières

Cet engagement ne doit pas entraîner de baisse de rendement pour les agriculteurs. Il engendre cependant des surcoûts liés aux prélèvements, ou estimations, et analyses de reliquat azoté dans le sol et aux diagnostics de nutrition en cours de culture (pilotage). Ces surcouts sont en partie compensés par l’opti- misation des quantités d’azote épandu, strictement limitées aux besoins de la culture dans le contexte annuel considéré. En conséquence il n’est pas demandé de compensation financière pour l’agriculteur contractant. Cependant il convient de prévoir le financement du suivi et du contrôle collectif au niveau de l’AAC de l’azote minéral dans le sol à l’entrée de l’hiver. A titre indicatif, une fiche d’estimation de ces coûts est proposée en annexe.

Ligne de base

La pratique de référence sur laquelle est basée cet engagement est une fertilisation minérale azotée calculée au départ par la méthode du bilan puis ajustée en fonction des besoins réels de la plante. Ce niveau de fertilisation, déterminé pour chaque parcelle, tient compte des besoins en azote estimés, dont le rendement espéré, et des fournitures du milieu, notamment le reliquat d’azote dans le sol à l’ouverture du bilan.

L’objectif est de réaliser un rendement raisonnable, intégrant le progrès génétique réalisé sur les différentes espèces, sans créer de risque pour l’environnement. Afin d’adapter l’apport d’engrais aux besoins croissants de la culture, il est prévu, pour le blé, un fractionnement en trois apports, dont le dernier est ajusté en fonction de l’expression réelle des besoins de la culture, diagnostiqués par un outil de pilotage techniquement validé.

Définition locale

Son application opérationnelle comprend 7 engagements de base. Il est précisé que le programme AZUR doit, par ailleurs, respecter les réglementations nationales et régionales en vigueur ce qui peut conduire à des aménagements spécifiques pour s’adapter au contexte réglementaire local.

1 - Détermination des besoins en azote total à satisfaire, fixation d’un rendement objectif réaliste

Pour la plupart des cultures, les besoins en azote à l’optimum de nutrition sont proportionnels au rendement. Il s’agit de définir un objectif de rendement atteignable et réaliste pour chaque parcelle qui permette dès le départ de limiter les excès de fertilisation tout en permettant l’expression du potentiel génétique des espèces et des variétés.

La méthode consiste à faire la moyenne des rendements des 5 dernières années à l’exception des deux valeurs extrêmes (moyenne dite olympique). La même culture étant rarement présente  pendant 5 années successives sur la même parcelle, on prendra le rendement atteint dans des parcelles voisines de même nature de sol. Pour quelques cultures, ces besoins sont indépendants du rendement objectif : betterave, pomme de terre, …

Dans ces cas particuliers, le besoin en azote total est fixé forfaitairement mais il sera modulé en fonction des fournitures naturelles du milieu afin de définir la dose totale à apporter.

2 - Mesure ou modélisation (à l’aide d’un moteur de calcul validé par les GREN*) du reliquat d’azote Sortie Hiver ou au semis des cultures d’été

L’azote minéral dans le sol à la sortie de l’hiver (ou à l’ouverture du bilan) est une donnée variable qui dépend de nombreux paramètres… Afin de prendre en compte, de la manière la plus précise possible, l’azote minéral disponible dans le sol à la sortie de l’hiver, une mesure sera systématiquement réalisée dans chaque parcelle, ou une estimation sera réalisée à l’aide d’un moteur de calcul validé par les GREN.

Cette mesure sera réalisée sur une profondeur représentative de la profondeur d’enracinement sur la parcelle, en général 90 cm. Cette quantité sera prise en compte dans le calcul de la dose
prévisionnelle d’azote. Le colza d’hiver a la capacité d’absorber l’azote disponible à l’automne. Dans ce cas, c’est l’azote absorbé par le couvert qui est pris en compte, le reliquat sortie hiver étant la plupart du temps négligeable. Cette quantité est fonction de la production de biomasse par la culture, estimée par la moyenne de 2 mesures : la biomasse produite à l’entrée de l’hiver (avant la perte de feuilles par le gel), et la biomasse produite à la sortie de l’hiver (après la perte de feuilles).

*GREN : groupe régional d’expertise nitrate.

3 - Calcul de la dose d’azote prévisionnelle optimale à apporter par la méthode du bilan

Le calcul de la dose d’azote prévisionnelle se fait en utilisant la méthode dite du bilan, dont le principe a été décrit par le COMIFER, et les modalités déclinées localement par les GREN.

Pour le colza d’hiver, les besoins totaux à satisfaire sont les besoins fixés au point 1, dont est déduit l’azote absorbé par la culture décrit au point 2, et l’azote fourni par le sol qui est fonction du type de sol et des amendements organiques apportés sur la parcelle. La méthode du bilan peut se décliner de deux façons différentes : le modèle additif et la méthode CAU (Coefficient Apparent d’Utilisation de l’azote), souvent pratiquée dans les terres à cailloux où les prélèvements de terre pour la mesure du reliquat sont difficiles à réaliser.

4 - Pilotage et fractionnement des apports d’engrais

Pour les céréales, la dose d’azote fixée a priori est ensuite ajustée en fonction des spécificités climatiques de l’année considérée par l’utilisation d’un outil de pilotage homologué de la fertilisation azotée prenant en compte l’état de nutrition azotée de la culture (JUBIL, Yara N-Tester, FARMSTAR,… et outils similaires validés). Dans le cas des céréales, cette pratique a pour conséquences :

  1. De fractionner la dose d’azote en 3 apports
  2. De limiter la dose du 1er apport au stade « tallage » à 40-60 unités d’azote voire de le supprimer
  3. D’appliquer, au stade « épi 1 cm », la dose restante minorée de 40 unités (dose a priori – 1er apport – 40 unités)
  4. De réserver ces 40 unités pour un apport entre les stades « 2 noeuds » et « dernière feuille » et de les ajuster à la hausse ou à la baisse selon le résultat du diagnostic de nutrition azotée réalisé.

Le pilotage de la fertilisation azotée en cours de culture, tel que décrit précédemment, permet de corriger le calcul initial prévisionnel de dose d’azote et de tenir compte du potentiel réellement exprimé par la culture à un stade avancé. Cette technique est développée aujourd’hui sur blé tendre, blé dur, pommes de terre.

Pour d’autres cultures comme le maïs, le diagnostic de nutrition en cours de culture ne peut pas être utilisé pour adapter la dose d’azote car le stade de diagnostic est trop tardif pour pouvoir intervenir sur la culture. Le programme AZUR ne prévoit pas de le rendre obligatoire dans ce cas.

Pour le colza d’hiver, la dose totale, qui ne fait pas l’objet d’un pilotage en fonction du climat de l’année, est calculée à la sortie de l’hiver juste avant les apports. Les modalités de fractionnement sont fonction de l’importance de la dose prévue : un apport unique sur gros colza si la dose est inférieure à 100 unités, un fractionnement en 3 apports pour des doses supérieures à 180 unités.

5 - Culture Intermédiaire Piège à Nitrate (CIPAN)

En plus de l’application de la méthode précédente, et afin de supprimer tout risque de lessivage de l’azote excédentaire, une Culture Intermédiaire Piège à Nitrate (CIPAN) sera systématiquement implantée après récolte des céréales. En cas d’interculture courte de type blé-colza, colza-blé,… il est possible de remplacer la CIPAN par les repousses du précédent avec un effet équivalent, à  condition que ces repousses soient suffisamment denses et bien réparties au sol.

Après colza, les repousses seront systématiquement favorisées et maintenues pendant au moins un mois pour tenir lieu de CIPAN. La note « déclinaison opération du programme AZUR » précise
les modalités de mise en œuvre de la CIPAN.

6 - Gestion raisonnée des produits organiques

Les produits organiques facilement minéralisables sont apportés sur couverture végétale ou en fin de période de drainage afin de limiter au maximum les risques de lessivage du nitrate. Entrent dans cette catégorie les effluents à rapport C/N faible, inférieur ou égal à 8 (exemples : lisiers bovin et porcin, fumiers de volaille, lisiers de volaille, fientes de volaille, digestats bruts de méthanisation,…).

Cette catégorie de produits organiques ne sera donc pas appliquée sur sol nu et en période automnale sauf en présence d’un couvert végétal type colza ou culture intermédiaire. De plus, le programme AZUR exige de disposer d’une analyse du produit utilisé afin de connaitre sa valeur fertilisante. A défaut, les caractéristiques des produits organiques seront déterminées par l’application internet « fertiliser avec des engrais de ferme » : http://oad.arvalis-infos.fr/fertiliser_produits_organiques/fertiliser_produits_organiques.asp
ou par l’outil EPICLES qui dispose d’un moteur de calcul breveté d’estimation des valeurs fertilisantes des AO en fonction de la description des ateliers animaux.

7 - Suivi et contrôle du reliquat d’azote dans le sol à l’entrée de l’hiver ou avant drainage

Enfin, pour vérifier et contrôler l’efficacité de l’action conduite, un plan collectif de mesures de l’azote minéral dans le sol à l’entrée de l’hiver est mis en place au niveau de l’aire d’alimentation de captage (AAC). Il conviendra d’établir pour chaque AAC un plan d’échantillonnage représentatif des cultures et des sols. A titre indicatif, ce plan peut représenter 5% des surfaces cultivées. Il est mis en oeuvre et suivi par les organismes de développement ou de conseil locaux.

Conséquence : tracer les informations relatives aux pratiques culturales à la parcelle

La mise en place de ce programme implique une gestion de l’azote individualisée à la parcelle et donc une traçabilité des informations. Les informations minimum et nécessaires qui devront être collectées sont : L’objectif de rendement, le rendement obtenu, le type de sol, l’espèce et la variété cultivée, la date de semis, la dose prévisionnelle d’azote et la dose totale appliquée ainsi que le nombre et la date des apports, la forme de l’engrais, la mesure ou l’estimation du RSH et la date de prélèvement, la date et la valeur du diagnostic de nutrition azotée. Une fiche récapitulative des données nécessaires « Fiche de collecte des informations par parcelle » est proposée, à titre indicatif, en annexe. Ces données peuvent également être collectées par un système de traçabilité informatisé.

Source Arvalis

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